Paris en friche(s)

PARCOURS DU MOIS #1

Ras le bol des musées bondés, des galeries snobs et des centres d’art fermés la moitié de la semaine ? Découvrez la scène des friches, où s’inventent de nouveaux modes de création et de diffusion, et où s’élabore la ville de demain !

Si Paris, ville musée, n’a rien à envier à Londres, Berlin ou New York pour ses multiples galeries, musées et centres d’art, son cœur comme sa périphérie regorgent de lieux hybrides qui se glissent dans les interstices de l’ex-bassin industriel parisien : résidences, ateliers collectifs d’artistes ou espaces d’exposition éphémères, ils dessinent une cartographie alternative de la création en Ile-de-France.

Qu’ils soient des squats (L’amour, le Wonder, Champ Libre) ou des espaces davantage institutionnalisés gérés par des associations (La Halle Papin, Le 6B, Mains-d’Oeuvres etc.), dédiés à la création (Villa Belleville, Open Bach, Les Frigos) ou à l’économie sociale et solidaire (Les grands Voisins, Le Fort d’Aubervilliers) ces tiers lieux ont pour dénominateur commun de redéfinir les codes usuels de l’espace culturel, en accueillant une programmation éclectique qui fait la part belle à la jeune création et en allant à la rencontre de publics diversifiés.

Paris rattrape désormais son retard sur ses consœurs européennes reines des friches (Berlin, Amsterdam, Londres !) avec des initiatives qui fleurissent ça et là et une mise en réseau qui s’amorce à mesure avec, comme fer de lance, l’association Plateau Urbain qui oeuvre à mettre en relation porteurs de projets et promoteurs immobiliers pour donner une seconde vie au foncier vacant !

Petit tour d’horizon de ce renouveau du paysage artistique parisien, en constante mutation, de fermetures en créations !

Le 6b à Saint-Denis

On commence plein Nord avec le 6b à Saint-Denis : cette barre monolithique de Saint-Denis accueillant plus de 150 artistes sur ses 7000 m2, sa fameuse plage longeant le canal de Saint-Denis, ses expositions attendues, ses soirées et open airs qui rythment l’été des parisiens (pour ceux qui ne sont pas partis se dorer au soleil !) est devenu le lieu de fête tout désigné du Grand Paris avec les brillantes FAR : Fabriques A Rêves. 

La Halle Papin à Pantin

Direction ensuite Pantin et la Halle Papin où l’on retrouve le collectif Soukmachines. Fournisseur d’un joyeux bordel permanent depuis 2005, le collectif SoukMachines fondé par Yoann Till (programmateur des FAR) ouvre en 2016 son nouveau lieu à Pantin, la Halle Papin, avec une recette qui a fait ses preuves : le souk ! Ancienne usine d’outils, toute de verre vêtue, la halle retapée par Soukmachines accueille plasticiens, photographes, comédiens, compagnies d’art vivant et autres créatifs sur ses 4000 m2 et s’ouvre au public les week-end pour des open-air dans l’immense jardin où tournois de ping-pong alternent avec des projections, des concerts, des parties de monopoly, de marelle ou de badminton, le tout entre deux barbecues (bring your own merguez !). Côté food toujours, le rendez-vous mensuel des Bouffes Mondaines est à noter absolument dans l’agenda !

Le Hangar à Bagnolet

Cap sur l’est et le Hangar à Bagnolet. Sous la grande verrière en shed du hangar, les murs ont été investis par de nombreux graffeurs et street artists tandis que le lieu ouvre ses portes au public en permanence et propose des événements toujours au poil : les Before Bien du vendredi de 17h à 00h histoire de bien commencer le weekend et les WeekEnd au Hangar (pas besoin d’ajouter quelque chose au nom !) croisant expos, DJ sets et chill intense (ping-pong, restauration à petits prix, punch…) Ouverts à toutes les propositions, le Hangar s’entoure de la jeune scène parisienne, des milieux des arts et de la musique et se conçoit comme un lieu vivant, organique, in progress, changeant de peaux en fonction des projets tout comme ses murs muent au gré des semaines.

DOC ! à Télégraphe

Une fois n’est pas coutume, on fait à présent un petit détour par Paris intra-muros pour découvrir DOC! du côté de Télégraphe. Cet ancien lycée technique tombé en désuétude profite d’une seconde vie depuis mars 2015, date à laquelle deux anciens étudiants des beaux-arts, à la recherche d’un atelier, décident de squatter le site et de lui donner une seconde jeunesse hors des circuits de l’éducation nationale. Les quelques 3000 m2 du bâtiment profitent d’un coup de lifting avec l’interventiondu duo d’artistes, secondés par une bande naissante, et le concours de nombreux artisans acquis à leur cause. Après des mois de sueurs et de labeurs, le site est à nouveau électrisé, l’eau courante de retour et les nombreuses machines des ateliers techniques remises en service. De quoi découvrir de chouettes expositions, un club de lecture anarchiste, une université libre mais également une programmation théâtre et vidéo. La meilleure programmation de tout le Grand Paris, et ce avec la plus grande autonomie financière. 

Les Frigos à BNF

Gare au XIXème siècle puis gare frigorifique le siècle suivant (un savant et monumental système de tuyauteries permettait la conservation des denrées en transit), les Frigos – propriété de la SNCF – deviennent en 1985 un repère d’artistes en mal de volumes de travail conséquents qui viennent trouver dans cette friche un eldorado d’espace et de liberté !

C’est ainsi que Les Frigos deviennent l’une des premières expérimentations urbaines, au carrefour du squat et de l’occupation temporaire légale, ainsi qu’un lieu emblématique du 13ème arrondissement et de la contre-culture parisienne. A son bord, de nombreux artistes qui la plupart du temps restent bien au chaud (sans jeu de mot) dans leurs ateliers ; il faut d’ailleurs attendre la fin de leur hibernation et le printemps pour pouvoir pénétrer dans le bâtiment lors des portes ouvertes annuelles. Pour patienter, quelques sons qui vous feront frissonner à coup sûr !

L’Open Bach dans le 13

Sous l’impulsion de l’association Plateau Urbain, qui met en relation porteurs de projets et promoteurs pour dessiner les contours d’une ville résiliante, l’Open Bach est l’une de ces friches, interstices urbains où vient naître une culture alternative, rétive aux étiquettes et indifférentes aux circuits établis – l’une de ces ZAT (Zone Artistique Temporaire) telle que les définit Hakim Bey. Avec comme idée directrice la conviction que mutualisation des moyens et promiscuité font naître émulation et projets communs entre artistes et créateurs de champs différents, l’Open Bach regroupe designers, peintres, vidéastes (la talentueuse Amélie Briant !) dans les anciens locaux de SciencesPo Urba dans le 13ème arrondissement au 6/8 de la Rue..

Arnaud Idelon

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