Maximilian Tomozei, la puce à l’oreille

ARTISTE DE LA SEMAINE #6

La scène émergente fourmille de pépites et chaque semaine présente son lot de trouvailles. Mais comme souvent, il faut savoir choisir. Ca tombe bien, si un artiste nous a fait crusher cette semaine, c’est bien Maximilien Tomozei.

Séries de puces électroniques, pneus ou encore sachets de silicium composent l’inventaire baroque et résolument moderne, du photographe roumain ayant élu domicile à Paris. Maximilien Tomozei grandit sous le régime communiste de l’époque de Transylvanie, il rejoint la France en compagnie de sa famille en 2002, choisit d’étudier la photographie dans l’optique de devenir journaliste et tombe peu à peu dans une démarche sérielle et conceptuelle du médium. 

La typologie conceptuelle se caractérise ainsi par une méthodologie stricte. Prenant pour objet d’étude les multiples représentations d’une chose, elle applique à leur photographie un protocole unique, châteaux d’eau en pied sur ciel blanc pour les Becher ou puces électroniques façon portrait Harcourt chez Tomozei. Face à l’objectivité du réel, matérialisée par cet inventaire méticuleux, le photographe oppose son regard subjectif, discours sociétal sous-jacent, par le contraste né du choix des modèles et de la sérialité. Tomozei fait l’analyse du monde contemporain, celui des années 2010, en prenant pour sujets puces, pneus, ou sachets de silicium quand les Becher appréhendait la modernité de leur époque. 

Intellity, contraction d’intelligence et identity, représente ainsi une vingtaine de puces électroniques usagées, photographiée à la manière d’une photographie Harcourt, plan rapproché en noir et blanc et clair-obscur. Elle a valu à son auteur une reconnaissance nationale, étant exposée à de nombreuses reprises à Paris, Arles et Toulouse. Partant du constat que les puces électroniques contiennent aujourd’hui assez d’informations – identité, coordonnées, historiques d’achats et de déplacement – pour donner un instantané exhaustif de leur propriétaire, Tomozei fait de ces puces photographiés des portraits en creux, représentations individuelles et fidèles d’individus socio-économiques au sein de notre monde moderne.

La digitalisation et la trace numérique de nos échanges, cartographiées et indexées, constituent ainsi pour le photographe une désincarnation des rapports humains, mise en lumière par ce procédé repris de la typologie conceptuelle. Dans l’espace d’exposition, le visiteur se trouve ainsi nez à nez avec ces portraits solennels et énigmatiques, où l’humanité ne subsiste qu’au travers des éraflures, ultimes traces physiques et confuses, infligés par l’usage et l’usure à ces objets muets.

Arnaud Idelon

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