Micro-édition, macro-découvertes !

PARCOURS DU MOIS #2

Ras le bol des musées bondés, des galeries snobs et des centres d’art fermés la moitié de la semaine ? Découvrez la scène des friches, où s’inventent de nouveaux modes de création et de diffusion, et où s’élabore la ville de demain !

Accompagnant la vitalité de la scène artistique parisienne, le milieu de l’édition et de la micro-édition est particulièrement dynamique et regorge de trouvailles qui risquent de faire plaisir : livres d’artistes, éditions limitées, ouvrages anciens, coffrets de photographies ou tout simplement bon bouquin photo, vous aurez de quoi trouver votre bonheur avec cette sélection, absolument lacunaire et subjective, mais qui fait partie des adresses préférées de votre guide !

Allez discuter avec Fred à Colophon pour découvrir sa fine sélection de livres auto-édités et de revues, plongez dans le continent des images avec les excellentes éditions Filigranes et découvrez les ouvrages pointus de Paraguay Press (castillo/corales). A moins que les projets complètement décalés et l’esthétique post-internet de Jean-Boîte Editions soient votre truc. C’est le nôtre en tout cas !

Un brin barré mais complètement pertinent, c’est la formule à l’oeuvre chez Jean Boîte Editions ! Il suffit de s’immerger dans leur jeune catalogue pour comprendre comment ces éditeurs savent être à la pointe du conceptuel le plus abouti tout en gardant une distance amusée pour des publications allant toujours plus loin dans l’exploration des marges du web.

Prenez l’ouvrage Theory du poète new-yorkais Kenneth Goldsmith compilant 500 idées, poèmes ou textes sous la forme d’une ramette de papier. Feuilletez Google. Volume 1. remplaçant chaque mot du dictionnaire par une image générée par une recherche Google, jetez un oeil aux clichés pris par Jon Rafman sur Google Street View ou collectionnez les apparitions de Kim Jong Il regardant le monde avec l’ouvrage Kim Jong Il Looking at Things : les mecs de Jean Boîte Editions sont de sacrés pince-sans-rire.

Mais au-delà d’une veille d’acharnés au monde du junk web, les éditions fondées par Mathieu Cénac et David Desrimais mènent une réflexion de fond sur la démultiplication de l’image à l’ère d’internet, ses conditions de circulation et le travail de sélection que la situation induit. Les publications sont ainsi regroupées au sein de micro-collections – ou de « boîtes » ! – qui viennent à mesure épuiser un thème donné en multipliant les entrées !

L’amateur inconditionnel de la photographie, et au-delà du continent Image, ne peut faire l’impasse sur les prolifiques éditions Filigranes et son catalogue de presque 600 titres, conçus par son passionné fondateur Patrick Le Bescont il y a 27 ans. Regroupant les signatures de monstres sacrés de la photographie (Sabine Weiss, Cartier-Bresson, Doisneau, Depardon…), les éditions Filigranes accueille également les écrits des plus éminents théoriciens de l’image (Danielle Méaux, Georges Didi-Huberman, Michel Butor, Jean-Christophe Bailly) et la fine fleur de la scène photographique émergente (Julien Magre, Sara Imloul, Philippe Guionie, Emmanuelle Bousquet pour ne citer qu’eux !).

Hyperactives, et reconnues par l’ensemble de ses pairs pour sa ligné éditoriale pointue, éclectique et riche en découvertes, les éditions Filigranes balaye le monde de la photographie contemporaine à la recherche des pépites du moment, dans des ouvrages toujours très travaillés, faisant cohabiter image et écriture dans une célébration de la richesse de l’image photographique. Grands tirages à petits prix alternent avec petits tirages d’art et éditions limitées pour combler tant l’amateur, le curieux ou le bibliophile collectionneur.

  • Colophon, libraire mais pas que

Le projet de Colophon est une forme de militantisme : faire exister les artistes et les éditeurs en dehors des réseaux informels et du tout numérique !

Couronnement de plusieurs mois de glanage d’objets éditoriaux non ou peu identifiés, Colophon est un projet de librairie dédiée à l’auto-édition et l’édition indépendante en arts visuels porté par un passionné : Frédéric Blancart. Celui-ci conçoit l’édition comme le pendant de l’exposition, permettant à artistes et public de se rencontrer selon des modalités nouvelles.

Au cours de l’année, Colophon propose des rencontres et discussions publiques autour des enjeux esthétiques et économiques du contexte de la micro-édition.

Avec trois expositions (Under Construction Galerie, Galerie Arondit, Galerie Eric Mouchet) au compteur, et autant de parutions depuis sa création, le collectif Born And Die (BAD) est l’une des valeurs montantes de la scène artistique parisienne.

Soutenir la diffusion de la jeune création : un mot d’ordre commun à l’ensemble des collectifs de sa génération mais un fonctionnement qui le distingue de ses pairs : des expositions bien sûrs mais également des publications d’objets oscillant entre catalogue, fanzine et objet d’art par le soin d’orfèvre apporté à ces petits bijoux de savoir-faire, et un goût prononcé de ses membres pour la fête – d’ailleurs le thème retenu pour leur dernière parution ! On vous laisse vous faire une idée avec l’univers complètement barré de l’artiste Robin Lopvet, familier de la bande.

Empruntant aux codes du design, de l’édition, du graphisme, de l’art contemporain et de la musique électronique, Born And Die surprend à chaque nouveau chantier et renforce notre instinct – presque maladif ! – de collectionneur. Leurs publications sont disponibles à Paris à la librairie Mazarine et au Palais de Tokyo.

Ovni touche-à-tout de l’art contemporain, castillo / corrales, empruntant son nom à deux adversaires d’un mythique combat de boxe est un collectif mêlant artistes, critiques, commissaires d’exposition et designers graphique dont le dénominateur commun semble être une hyperactivité chronique. Créé en 2007, le collectif prend ses quartiers à Belleville dans un espace de 27m2 qui accueille des expositions, des cycles de réflexions ainsi qu’une librairie de référence dans le monde de l’auto-édition et du livre d’artiste et une maison d’édition : Paraguay Press.

La renommée des ses membres, conjointe à la qualité de leurs expositions et publications, les mènent rapidement à curater des expositions jusqu’à Séoul, Toronto, Londres ou Minneapolis. Ils sont notamment nommés en 2014 jury pour le prix de la Fondation Ricard. En décembre 2015, ils quittent le nid de Belleville et posent leurs valises un peu plus haut, à DOC, squat artistique du côté de Télégraphe.

Arnaud Idelon

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