Pierre Folk, la photographie silencieuse

ARTISTE DE LA SEMAINE #9

La scène émergente fourmille de pépites et chaque semaine présente son lot de trouvailles. Mais comme souvent, il faut savoir choisir. Ca tombe bien, si un artiste nous a fait crusher cette semaine, c’est bien Pierre Folk. 

Pierre Folk et sa chambre photographique

Diffusés dans de nombreux pays, les travaux de Pierre Folk sur la Petite Ceinture sont le résultat de presque quatre ans de prises de vues quotidiennes. Autodidacte, travaillant à la chambre et fidèle à son sujet, ce photographe français né en 1986, s’inscrit dans une démarche systématique à la frontière du documentaire. Se dégageant volontairement de cette dernière approche, ses travaux n’en reste pas moins dotés d’une réelle dimension exploratoire.

Pierre Folk, By the silent line

En s’attelant à ces 32 km de chemin de fer, vestige d’une révolution industrielle aujourd’hui oubliée, Folk conte le récit d’un lieu changeant, mutant au gré des saisons. Figé dans le silence, peu à peu recouverte par les herbes folles, la Peinture Ceinture, comme une vieille dame oubliée, semble perdue, bloquée entre deux siècles. Le portrait de la petite ceinture parisienne que dresse Pierre Folk interroge la mutation du paysage urbain de la capitale. Au travers de son exploration, cette cicatrice d’un autre âge, oubliée et reniée, questionne la place des marges au sein du tissu urbain.

Pierre Folk, By the silent line

By the Silent Line, consiste en une exploration d’un entre-deux géographique, d’une zone littéralement péri-phérique, initialement zone-tampon entre un Paris qu’elle enserre et un extérieur qu’elle exclut. Fille de la révolution industrielle, la petite ceinture payera chèrement l’avènement du métropolitain et à la démocratisation de l’automobile. Limite entre l’urbain et le non-urbain, la petite ceinture, à mesure que l’urbanisation galopante déborde ses frontières, voit décroitre ses usages ; son rôle de limite est progressivement nié. Elle devient alors une cicatrice zébrant la physionomie d’une métropole qui s’étend. Sans fonction, elle sombre dans l’oubli malgré sa présence physique au coeur de la capitale. A l’intérieur, mais déjà au dehors de la ville quotidienne, cette voie ferrée devient invisible mais n’en reste pas moins voyante. D’espace de circulation, elle se meut en impassible témoin des mutations qui affectent le paysage urbain. La petite ceinture donne à voir une ville organe qui se régénère et s’imprime à la vue tel un palimpseste, selon l’expression de Michel de Certeau dans L’Invention du quotidien. L’intermède temporel double l’entre-deux géographique, et les strates d’un Paris en perpétuel renouveau se lisent depuis cette zone hors-du-temps. Les photographies de Folk nous montrent un soleil qui croit puis décroit, des saisons qui défilent, sur un décor immuable de rails et de pierres, tandis que la nature peu-à-peu reprend ses droits. Ses prises de vue, non déprises d’un caractère poétique dû à l’aspect mélancolique de l’espace délaissé, s’ancrent alors dans une esthétique sérielle. La récurrence du dispositif formel confine à l’épuisement du réel. Mais à l’encontre d’une démarche documentariste, Folk refuse la vocation de ses images à désigner autre chose qu’elles-mêmes. A l’heure où les politiques urbaines du Grand Paris ou de la SNCF tendent à réaffirmer la valeur testimoniale d’un patrimoine qu’il s’agit de valoriser, la petite ceinture photographiée par Pierre Folk est une zone silencieuse, une marge du discours.

Pierre Folk, By the silent line
Arnaud Idelon

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