Les petits théâtres de quartier #Paris

PARCOURS DU MOIS #3

Ce n’est pas la Comédie Française mais ça vaut son pesant d’or. Découvrez la chaleur et la proximité inégalée des petits théâtres de quartier de Paris.

Quelques gradins et la personne à votre droite quasiment sur vos genoux, le comédien si proche de vous que quelques postillons vous atteignent à chaque aparté, ce sont les joies irrésistibles des petits théâtres où l’on sent acteur de la pièce, au même titre que les personnages qui s’agitent à quelques mètres (ou centimètres) de nous. Ce lien privilégié avec le public, c’est l’atout coeur de ces petits théâtres que nous fréquentons assidûment et dont voici ici une petite sélection. Est-ce la recette du bonheur ? C’est en tout cas le nom de deux d’entre eux.

Souvent, ces théâtres sont un peu le réceptacle de la vie locale et condense toute l’atmosphère d’un quartier. Si bien qu’un spectacle à la Garenne-Colombe ne sonnera pas comme à Montmartre ou Parmentier. Pressez vous donc pour y passer vos soirées !

  • La ferme du bonheur

On associe rarement les deux sens du mot culture et encore moins la mégalopole parisienne au milieu rural. Et pourtant, l’antithèse peut être amplement dépassée si on fait l’effort de prendre le RER A jusqu’au campus de Paris 10, à Nanterre. On y trouvera La Ferme du Bonheur, créée au début des années 1990 sur un terrain vague.

C’est Roger des Prés, adepte de musique punk autant que de théâtre qui y plante le premier arbre. Lentement, mais sûrement, l’espace se structure, des salles couvertes sont construites, ainsi qu’un lieu de vie où cohabitent les êtres humains de passage et les animaux en semi-liberté. La programmation privilégie les arts dramatiques qui trouvent dans ce lieu polymorphe de multiples occasions de réinventer leurs approches du théâtre, notamment du point de vue de la mise en espace. Précisons aussi que les bals électro du samedi soir deviennent une sortie incontournable pour les nostalgiques des rave party champêtres.

Depuis quelques années, une annexe a été adoptée quelques centaines de mètres plus loin, dans l’axe direct de l’Arche de la Défense. Ce sont les Champs, un lieu d’expérimentation pour la réhabilitation des zones polluées… Et un décor particulièrement prisé par Roger pour ses créations de spectacles environnementaux. Sa dernière adaptation pour le théâtre d’un texte de Giono L’Homme qui plantait des arbres, joue sur cette opposition magistrale entre le quartier des affaires, ultra-futuriste, et la nature réinventée, lentement ressuscitée par des fermiers-artistes engagés.

  • Au Petit Théâtre du Bonheur 

Si vous êtes fatigué d’avoir gravi à pieds la butte de Montmartre, employez les dernières forces qu’il vous restent pour prendre le petit escalier escarpé de la rue Drevet et installez-vous sur un des coussins du confortable Petit Théâtre du Bonheur. On y entre comme dans l’imaginairium du docteur Parnassius : le décor, qui envahit l’intégralité du lieu, dont celui des spectateurs, a été conçu par l’artiste Katarina Von Saafeld comme une petite grotte paradisiaque où apparaissent quelques personnages surnaturels. Si vous êtes fatigué d’avoir gravi à pieds la butte de Montmartre, employez les dernières forces qu’il vous restent pour prendre le petit escalier escarpé de la rue Drevet et installez-vous sur un des coussins du confortable Petit Théâtre du Bonheur. On y entre comme dans l’imaginairium du docteur Parnassius : le décor, qui envahit l’intégralité du lieu, dont celui des spectateurs, a été conçu par l’artiste Katarina Von Saafeld comme une petite grotte paradisiaque où apparaissent quelques personnages surnaturels.

Quoi de mieux pour se plonger dans le travail d’artistes programmés pour leur talent prometteur et qui cherchent dans ce lieu clé des opportunités pour montrer ce qu’ils ont dans le ventre ? La configuration du lieu privilégie les formes intimistes, telles que le seul en scène (one man show dans le domaine du théâtre), la chanson française ou le jazz. Si vous comptez rester assis toute la soirée, il est conseillé de réserver ou de venir en avance, parce qu’il n’est pas rare que la salle se remplisse jusqu’à gagner la rue, par temps clair et chaud. Qui a dit que la vie artistique à Montmartre n’était plus ?

  • Le Local

Si vous voulez vous mêler à la population parisienne du mythique quartier de Belleville, il y a encore mieux que les cafés étudiants et les kebabs : vous pouvez aussi aller au Théâtre Le Local, qui porte très bien son nom puisque la mission qu’il s’est donné est justement de réconcilier la population environnante avec les arts de la scène et la culture. L’action culturelle est abordée selon les outils de la création artistique, par le biais d’un dialogue constant entre les artistes invités en résidence et le public.

La programmation met en avant la pluridisciplinarité et les écritures contemporaines, ce qui flatte davantage la curiosité et l’esprit de découverte du public que ses habitudes. Jamais, pourtant, celui-ci n’est abandonné puisqu’une place acte lui est faite par l’entremise des pratiques artistiques amateures, qui sont encadrées par des artistes résidents. Cette démarche qui vise à rompre la frontière parfois rebutante entre les experts et les profanes est suffisamment rare pour être saluée. Mais c’est aussi une démarche caractéristique du nord-est de Paris, plus enclin à un décloisonnement entre les arts et les catégories sociales.

  • La Générale

Sur les grandes avenues parisiennes, les hangars datant de l’époque industrielle ne sont pas ce qu’ils semblent être. L’un d’entre eux ouvre ses portes dès que le soleil se couche pour dévoiler au public le plus averti les dernières créations des compagnies et collectifs artistiques accueillis en résidence dans ce lieu exceptionnellement vaste étant donné les prix de l’immobilier dans le quartier. C’est l’association la Générale qui le gère collectivement, dans cet esprit de recherche et d’expérimentation tout terrain qui caractérise de plus en plus les nouveaux lieux de création.

On y trouve, en plus d’une salle de spectacle immense, des locaux de répétition, du matériel pour faire du montage audiovisuel ou encore des ateliers de fabrication. Bien plus qu’un moyen de programmation ou de diffusion La Générale se définit comme un outil de travail pour les artistes, et le public accueilli joue le rôle de premier regard sur des créations en cours. Dans certains cas, il s’agit de spectacles destinés à être joués dans des lieux institutionnels, le rôle du collectif étant de leur garantir l’opportunité de se tromper et de se chercher. Un trou dans l’espace-temps aussi rare que précieux dans le domaine de la création contemporaine.

  • Théâtre aux Mains Nues

Depuis le temps que les marionnettistes sont sortis des cours d’école, on devrait aller voir leurs spectacles sans préjugés ni appréhension. Et le fait qu’un de ces lieux de recherche et de création soit situé dans un des endroits les plus fréquentés au moment de l’after work devrait persuader les plus septiques. Bien qu’il soit bien caché entre la rue Saint Blaise et la rue du Clos, Le Théâtre aux Mains Nues fait partie prenante du réseau souterrain du théâtre d’objet. Son fondateur, Alain Recoing et son actuel directeur, Pierre Blaise ont contribué à faire évoluer ce vaste mouvement réflexif et créatif à propos de la relation secrète et fusionnelle entre le jeu de l’acteur et la manipulation d’objets. Cette petite salle, qui va se doubler à l’avenir, accueille un public curieux et attentif, du quartier et d’ailleurs. Ce sont des créations en cours, présentées par des compagnies invitées pour un temps de travail plus ou moins long. On les retrouve plus tard dans des théâtres plus institutionnalisés comme le Théâtre de la Marionnette à Paris ou le Théâtre Jeune Public à Strasbourg. Ce petit lieu, plus intimiste et personnel que ses ‘’grands-frères’’, est l’endroit rêvé pour se familiariser avec un art qui se réinvente chaque année, un peu en marge des formes de théâtre plus classiques, quoique de moins en moins.

 

Arnaud Idelon

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *